
Séro-Zéro et ACCM lançaient, le 12 septembre dernier, une campagne de sensibilisation au VIH-sida qui, plutôt que de faire peur, fait la promotion du sécurisexe avec humour en l’intégrant comme valeur positive de la relation sexuelle.
Destinée à un public gai urbain, la dernière campagne Assumption (présupposition, en anglais) montreait des hommes en pleine relation sexuelle qui présupposaient le status sérologique de leur partenaire.
Après d’autres campagnes grand public au ton plutôt mortifiant qui voulaient frapper fort contre la recrudescence des contaminations liées à des relations non protégées, au risque de bousculer les personnes vivant avec le virus, Assumptions questionnait de manière sexy, attrayante et égale les pratiques et les réalités séropositives et séronégatives, En cela, elle fut bien reçue par les gais et les bisexuels.
Mais elle pouvait induire auprès du grand public le mythe d’une relation sexuelle gaie comme pratique à risques, et que les gais et bisexuels se fatigueraient du condom. Le défi de la nouvelle campagne est de faire comprendre sans exclure ni stigmatiser. Destinée à la communauté gaie canadienne, elle reprend les analyses de la précédente campagne et les observation faites par les différents groupes de travail du réseau des organismes de lutte contre le sida. Les concepteurs de la campagne - AIDS Vancouver- l’ont développée dans l’objectif de contester ces mythes et d’affirmer que les gais et bisexuels « jouent safe ».
« Le niveau zéro du sida sera pour toujours inexistant », explique Robert Rousseau, directeur général de Séro-Zéro. À ce titre, la communauté gaie fait un travail considérable en matière d’information et d’intervention. Les hommes gais se sont pris en main dès le début de la pandémie. Cette campagne souligne que les hommes gais ont pris de bonnes habitudes de sécurisexe depuis plus de vingt ans. Elle existe pour leur dire : «Bravo les gars, faut pas lâcher !».
«Il existe trois groupes d’hommes : ceux qui ont des relations sexuelles risquées, ceux qui prennent rarement des risques et ceux qui ne courent aucun risque dans les relations sexuelles», défend Tom Lampinen, épidémiologiste au Centre for Excellence in HIV. Or, trois hommes sur quatre font partie des deuxième et troisième groupes. L’autre bonne nouvelle est que le deuxième groupe pourra réduire le nombre de contaminations s’il jouent safe.»
Il était dons important aussi de renforcer cette image constructive et positive de notre communauté et de la renvoyer à la société, montrer que les efforts des hommes gais étaient productifs, etont marqué des points. La campagne de sensibilisation utilisera l’humour pour faire passer le message en jouant avec les innombrables surnoms du pénis démontrant ainsi que le sexe sécurisé, «le sexe safe, c’est ben l’fun !».
«Peu importe son petit nom, Il faut en prendre soin !»
« Grâce à un message positif, cette campagne veut également
sortir de cette banalisation fataliste du sida, poursuit Robert Rousseau.
Oui, on a des résultats! Non, ça ne s’est pas fait tout
seul ! Les gais sont vigilants et font ce qu’il faut pour éviter
la contamination, en usant d’autres stratégies de sécurisexe
: la relation fermée avec un partenaire stable, pad de relation anales
sans connaître le status sérologique du partenaire, le séro-triage
(recherche du partenaire de même statut sérologique), etc.»
Financée par Santé Canada avec une participation du ministère
de la Santé du Québec, cette campagne se prolongera pendant
encore six semaines sous forme d’affichage extérieur, de publicités
dans les diverses publications, de spots video sur internet et de bannières
de clavardage. Parrallèlement, Séro Zéro ainsi que
ACCM (AIDS Community Care Montreal) pour le volet anglophone multiplieront
les interventions des escouades condoms par des animations et des rencontres
dans les lieux fréquentés par la communauté gaie
(J.L.)- La nouvelle campagne nationale de sensibilisation et de prévention du VIH « Nous Jouons Safe » traite avec humour de cette curieuse habitude qu’ont les hommes d’affubler de sobriquets leur organe sexuel : « bizoune », « lunch », « mailloche » ou même « cornichon ». Cette campagne qui a pour slogan « Peu importe son petit nom, merci d’en prendre soin » sera visible à Montréal dans les médias gais, sur les supports à vélo, les panneaux publicitaires des salles de toilette et sur l’internet.
« Plus de trois hommes gais sur quatre ont des comportements sexuels sécuritaires pour chaque période de six mois considérée dans notre recherche » affirme Joanne Otis, professeure au département de sexologie de l’UQÀM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éducation et en santé. « Selon des études de comportements menées à Montréal, la très grande majorité des hommes gais ont su développer des stratégies dans le but de diminuer les risques d’infection et de transmission du VIH et ils semblent relativement constant dans leurs efforts depuis les dix dernières années. »
Sur un ton léger et rigolard, la campagne « Nous Jouons Safe » félicite les efforts des hommes gais dans l’adoption et le maintien des comportements sexuels sécuritaires, incluant le port du condom. Elle réitère l’importance de poursuivre ces mêmes efforts tout en confrontant la perception que les hommes gais démontrent une lassitude face aux comportements sexuels sécuritaires. Cette initiative est menée par l’organisme AIDS Vancouver en partenariat avec un comité national formé d’organismes communautaires de lutte contre le VIH/Sida dont Action Séro-Zéro et AIDS Community Care Montreal (ACCM) sont les principaux à Montreal.
« Il est grand temps de reconnaître que la majorité
des hommes gais pratiquent une sexualité sécuritaire et qu’ils
utilisent le condom depuis 20 ans » explique Robert Rousseau, directeur
général d’Action Séro-Zéro. « Au
début de l’épidémie, ce sont les initiatives
mises de l’avant par la communauté gaie qui ont permis de réduire
de façon considérable la transmission du VIH. Cette campagne
valide les efforts et ecourages les hommes gais à continuer. »